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Entretien avec Jean-Paul Guevara, ambassadeur de Bolivie en France.

Propos recueillis par Samir Benguennouna

En Bolivie plus de 80% de la population est d’origine indigène ou se reconnaît comme tel. Ces derniers sont-ils représentés de façon proportionnelle au gouvernement ?

Jean-Claude Guevara : Nous avons des indigènes dans notre gouvernement. Ils occupent de hautes fonctions comme le Président Evo Morales, qui est Aymara, les ministres des Affaires étrangères, de l’Agriculture, de la Justice ou même des députés à l’Assemblée nationale. Mais ils ne sont pas encore représentés en proportion de leur poids dans la population. Nous avons opéré beaucoup de changements depuis la nouvelle constitution et il reste des progrès à faire. L’élection d’Evo Morales a été une grande victoire pour les peuples indigènes. Désormais, c’est une fierté de se dire indigène, car avant lui il y avait beaucoup de discriminations et de racisme envers eux. Les gens les voyaient comme un frein à la modernité, un problème pour le développement du pays.

Quel a été le rôle de l’Etat bolivien dans le conflit qui opposait la compagnie pétrolière espagnole REPSOL au peuple Guarani ?

J-C.G. : La première grande mesure d’Evo Morales lorsqu’il a accédé au pouvoir a été de nationaliser toutes les ressources naturelles de la Bolivie. Avant, nous n’avions pas nos propres compagnies pétrolières. Nous dépendions donc des compagnies étrangères ; la répartition des bénéfices n’était pas équitable. Dès lors que tout a été nationalisé, l’Etat a pu prendre le contrôle de cette économie et changer les contrats avec les compagnies. Cela n’a pas plu à toutes, et certaines sont parties. Ensuite le peuple Guarani a gagné son combat face à REPSOL car d’excellentes organisations comme l’APG (Assemblée du Peuple Guarani) se sont battues, mobilisés et ont fait pression pour la défense des droits de leur peuple.

Quelles sont les autres organisations comme l’APG qui prennent la défense des peuples indigènes ?

J-C.G. : Il y a cinq organisations que l’on appelle « Le pacte de l’unité ». Elles ont joué un rôle très important dans la constitution. Il y a la CSUTCB qui est le plus grand syndicat de paysans en Bolivie, le CONAMAQ qui est l’organisation bolivienne qui rassemble l’ensemble des peuples Markas et des Ayllus du Quillasuyu, la CIDOB qui est la confédération des peuples indigènes du pays, la CSCIB qui est la confédération syndicaliste des communautés interculturelles et le BARTOLINA SISA qui est le principal syndicat des paysans femmes en Bolivie. Ce sont ces organisations qui se sont toutes battues pour la création d’une nouvelle constitution et la formation d’un état plurinational.