Quand Mohamed, Abdelghani et Khalid ont participé au deuxième stage à LaTéléLibre, début juin, Brice Hortefeux venait d’être condamné par le Tribunal correctionnel de Paris pour « injure à caractère racial ». Les trois Reporters citoyens sont partis à l’Assemblée nationale demander aux députés de tous bords ce qu’ils pensaient de cette accusation de « racisme ».

Un jeune militant UMP issu de la diversité, une blague douteuse, une polémique nationale, un ministre condamné pour « injure à caractère racial » : voici les ingrédients d’une salade médiatico-judiciaire assaisonnée d’une condamnation par le Tribunal correctionnel de Paris de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, à 750 euros d’amendes et 2000 euros de dommages et intérêts. Notre équipe de Reporter Citoyen a sorti sa caméra et pris la direction de l’Assemblée nationale pour interroger nos parlementaires.

Drôle de blague ?

Tout commence le 10 septembre 2009 par la diffusion d’un extrait vidéo sur lemonde.fr. On y voit des propos très controversés tenus par le ministre : « Il ne correspond pas du tout au prototype… Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes… » Fin de citation. La séquence a été enregistrée le 5 septembre par une équipe de la chaîne Public Sénat, lors de l’université d’été de l’UMP. On y voit Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, accompagné de Jean-François Copé, maire de Meaux et président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, ainsi qu’un jeune militant du parti, Amine Benalia-Brouch (celui à qui s’adressent ces propos) au milieu d’une foule de sympathisants.

Brice Hortefeux, victime selon lui d’une vaine et ridicule tentative de polémique, a réagi en affirmant que ses dires ne faisaient pas allusion « aux arabes » mais bel et bien… aux Auvergnats. Une défense pas des plus convaincantes. Etait-ce une simple blague douteuse à l’accent colonialiste ? Pas vraiment du goût de certains membres de l’opposition, ni d’une partie de l’opinion qui ont pu trouver ces propos choquants et blessants.

Amine, le jeune militant au centre de la controverse, a pour sa part fourni un élément de réponse face au buzz créé, à travers une vidéo postée sur le web : « Il n’a pas tenu de propos injurieux vis-à-vis des arabes ou d’autres, on a juste parlé entre amis, entre sympathisants et militants UMP… J’en ai marre d’être harcelé par les médias… parce qu’il n’y a pas de polémique à créer. Il n’y a aucun dérapage de la part du ministre Brice Hortefeux ».

Le 14 septembre 2009, au cours d’un repas organisé à la mosquée de Clermont-Ferrand pour la rupture du jeûne du mois de Ramadan, le ministre s’est exprimé devant un parterre de représentants du culte musulman et de fidèles. Un discours où il exprime ses regrets mais pas d’excuses.

A la suite d’une plainte déposée par le MRAP et du jugement rendu le 4 juin dernier par le Tribunal correctionnel de Paris, Brice Hortefeux devient le premier ministre de l’Intérieur à être condamné en plein exercice de ses fonctions.

Le Tribunal correctionnel de Paris déclare donc Brice Hortefeux « coupable de la contravention d’injure non publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine, en l’espèce les personnes d’origine arabe, commise à Seignosse dans les Landes, le 5 septembre 2009, condamne celui-ci à des peines d’amendes et ordonne la publication du communiqué judiciaire aux fins d’information du public ».

Faire appel, est-ce la solution ?

L’absence d’excuse laisse présager l’absence de faute reconnue : c’est en ce sens qu’il faut interpréter la décision de l’intéressé de faire appel de ce jugement, comme l’a indiqué l’un de ses avocats, Me Nicolas Bénoit. Des excuses et une peine acquittée n’auraient-elles pas dû marquer la clôture de cette regrettable polémique ?

Pour nous, reporters citoyens, le choix de ce sujet s’est fait de façon naturelle. D’abord, parce qu’il correspondait à une actualité, et même à une polémique. Ensuite, parce que la teneur des propos et leur retentissement ne pouvaient nous laisser indifférents en tant qu’apprentis reporters habitant la banlieue et « issus de la diversité ».

Ce sujet nous a permis de nous immerger de plain pied dans le métier de journaliste, en passant de la théorie à la pratique sur le terrain. Le temps de préparation et de construction a contribué à mieux comprendre le sens de notre travail et à être plus pertinents dans nos choix.Notre souci a été de rendre un travail le plus juste possible en recoupant nos informations.Le caractère formel des propos recueillis auprès des parlementaires à l’Assemblée nationale donne ainsi plus de caution à notre démarche citoyenne d’informer.

Le making off

Lundi 7 juin 2010

Début de la semaine de stage à la TéléLibre. Autour de la table, dans le cadre d’une conférence de rédaction, les idées de sujets s’échangent. Après avoir décidé du sujet à traiter et en avoir précisé l’angle, nous tâchons de répartir le travail de recherche et de cibler les priorités. Le premier travail consiste à retrouver la vidéo source au cœur de la polémique afin d’avoir des images authentiques à analyser et traiter. Ensuite de repérer tout ce qui touche de près ou de loin à cette affaire afin de recueillir le maximum d’informations.

Tout d’abord, prendre contact avec Gérard Gachet, porte parole du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux. Malgré nos nombreux appels, les échanges se limitent à son secrétariat, dans le meilleur des cas, ou à l’accueil du ministère. Voilà une orientation qui, en fin de journée, prend un sacré coup de plomb dans l’aile. Autre travail de recherche : tenter de recueillir le témoignage d’Amine Benalia-Brouch, jeune militant UMP au centre de la controverse. Après avoir essuyé le refus du siège de l’UMP à Paris, ainsi que des antennes en province, de nous renseigner les coordonnées d’Amine, nous arrivons à établir un contact via Facebook. Vive les réseaux sociaux ! Nous laissons un message auquel il répond dans la journée et promet de nous accorder un entretien téléphonique avant la fin de la semaine.

Enfin, en prévision de notre visite à l’Assemblée Nationale le lendemain, nous procédons à un repérage de parlementaires issus de la majorité et de l’opposition afin de recueillir leurs propos sur la condamnation de Brice Hortefeux par le tribunal correctionnel de Paris.

Mardi 8 juin

La journée commence par l’élaboration d’un questionnaire en direction de parlementaires. Puis vient le temps de préparation du matériel nécessaire à notre travail à l’Assemblée nationale. Notre arrivée dans la salle des Quatre colonnes, réservée aux rencontres entre la presse et les députes, permet de nous familiariser avec le lieu et d’observer le ballet des journalistes présents. 16 h, la cloche sonne. Elle nous prévient de la fin de la séance de questions au gouvernement, donc de la sortie imminente des parlementaires. La crainte et le stress pour cette première à l’Assemblée, face aux nombreux journalistes aguerris et aux interlocuteurs, se dissipe dès le premier entretien. Les rencontres suivantes s’engagent plus facilement et permettent de recueillir des propos de députés de tous bords.

Mercredi 9 et jeudi 10 juin

Ces deux journées sont consacrées à visionner les flux et à monter le sujet. Nous repérons les passages pertinents et mettons l’accent sur les points essentiels à faire ressortir afin de réaliser un document juste malgré l’inexpérience qui nous caractérise. Ce premier montage est réalisé avec l’appui d’Anthony, monteur chevronné qui apporte ses compétences techniques. Par ailleurs, nous nous entretenons au téléphone avec Amine Benalia-Brouch qui nous apporte sa vision de la polémique.

Vendredi 11 juin

Après avoir terminé le montage, le travail final consiste à commencer à rédiger un article d’accompagnement afin de compléter la vidéo et de fournir des éléments susceptibles de renforcer la compréhension du sujet traité.

Abdelghani Bourenane, Mohamed Mahieddine, Khalid Nahi



Hortefeux est-il raciste ? par reportercitoyen