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Elue depuis près de dix ans, Oumou Sall Seck reste la seule femme maire au nord du Mali. A Nantes, elle raconte son combat et témoigne de l’occupation de sa région par les groupes islamistes, avant la libération du pays en janvier dernier.

Propos recueillis par Sélimata Bakhayoko

Qu’est-ce qui vous a motivé à devenir maire de la ville de Goundam, malgré les contraintes en tant que femme ?

Oumou Sall Seck : C’est en réalité la population qui a demandée à ce que je me présente. Les gens ont pensé que je pouvais vraiment apporter un changement dans leurs conditions de vie. Le choix n’a pas été facile pour moi. Finalement, je me suis engagée. Mes priorités étaient les conditions de vie difficiles des femmes et des jeunes, la précarité des populations et l’enclavement des communes. Depuis, je mène ce combat avec mes populations.

Comment votre ville a-t-elle vécu l’occupation islamiste ?

O.S.S. : Les islamistes se sont attaqués à nos biens privés et publics, comme les domiciles, les écoles, les centres de santé, les pharmacies et les installations téléphoniques. Ils ont coupé le téléphone pour nous couper du monde. On n’avait plus le droit de regarder la télé et d’écouter de la musique ! Par exemple, ils ont arrêté un jeune et lui ont pris son portable en lui disant que c’était haram (péché) d’écouter de la musique ou de regarder des vidéos. L’occupation était tombée sur nos têtes comme un cauchemar. Nous avions toujours vécu dans la tranquillité, malgré nos différences. Je n’avais jamais vu autant de méchanceté, et je n’aurais jamais pensé que des Maliens – puisqu’il n’y avait pas que des étrangers dans les groupes islamistes – oseraient faire cela. Les fils de notre pays ont aussi commis des viols et des vols. Les femmes étaient frappées et n’avaient plus le droit de se regrouper ou de s’habiller correctement. On leur a imposé le voile ! A la majorité de ces femmes, qui sont commerçantes ou maraichères, on a interdit de vendre leurs produits au marché. Lorsqu’elles ont voulu se révolter, on a exigé qu’elles mettent un rideau entre elles et les clients ! Il y avait une police islamique pour juger tout le monde. Cela a provoqué une déchirure très profonde dans le tissu social au Mali. Il faudra du temps pour réparer ces blessures.

Avez-vous été touchée personnellement par ces représailles ?

O.S.S. : Mon domicile a été leur première cible. Les islamistes ont agressé mes enfants, mes petits-enfants et ma nièce. Ils ont ramassé tout ce dont ils avaient besoin et ont saccagé tout ce qu’ils n’ont pas pu amener. Les témoins se sont mobilisés et ont tenté de les dissuader en leur disant que j’étais une femme qui se bat pour la population.

Comment vous opposez-vous aux violences faites aux femmes et aux enfants ?

O.S.S. : Malheureusement, je ne fais qu’apporter ma petite contribution. Ces femmes, dont la dignité a été bafouée, ces enfants enrôlés, comment vraiment les aider à se rétablir ? Dans la commune, par exemple, j’ai interdit l’excision. Nous avons mené une grande campagne de sensibilisation et, depuis quatre ans, aucune fille n’a été excisée ! En 2008, le Danemark m’a remis un prix d’un montant de 15 000 euros pour mon combat en faveur des femmes. J’envoie aujourd’hui un message à tous ceux qui peuvent nous aider à développer les zones abandonnées, et le Mali dans son ensemble. L’essentiel manque encore car de nombreuses femmes habitent très loin des centres de santé et l’eau potable est un luxe. L’emploi des jeunes est enfin pratiquement introuvable.

Certains aimeraient vous voir ministre. Que proposeriez-vous pour une vie meilleure au Mali et dans votre ville ?

O.S.S. : Ma priorité, c’est le local, parce que rien ne se fera sans que l’on ne prenne en compte les besoins des populations. Pour le développement ou la sécurité, c’est toujours du niveau local au global que les choses peuvent s’arranger. Certains m’ont même proposé de me présenter aux élections présidentielles. Je ne suis pas prête.