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Dans le cadre d’un mois consacré au respect, Michel Bourgain, maire de L’Île-Saint-Denis répond à l’un de nos reporters citoyen, habitant de la ville. Entretien sans concession !

Propos recueillis par Omar Yahya (Reporter Citoyen) et Djeneba Diaby.`

Pourquoi avez-vous organisé le mois du Respect ?

M.B : Le respect est une manière de vivre ensemble en reconnaissant l’autre comme quelqu’un qui nous apporte quelque chose, car toute personne est estimable. C’est le respect des différences, dans des règles communément acceptées, qui permet le vivre ensemble. C’est un thème fédérateur : tout le monde doit se respecter, les jeunes comme les aînés, car ce sont les anciens qui éduquent les plus jeunes. Pour être respecté, il faut commencer par respecter les autres.

Pensez-vous que la conception du respect change selon les cultures et le niveau social ?

M.B : Un acte culturel peut effectivement être interprété comme une marque d’irrespect pour celui qui ne connait pas l’autre. D’où l’importance de se parler et d’essayer de se comprendre pour mieux se respecter. Concernant la différence de richesse, je ne pense pas qu’une personne issue d’un milieu modeste soit moins respectueuse qu’une personne originaire d’un milieu plus aisé. Au contraire, on retrouve plus souvent de l’égoïsme chez les plus riches qui se pensent au dessus des autres.

Sur l’île St Denis, sommes-nous moins respectueux qu’ailleurs ?

M.B : Non. C’est une petite ville. Les gens se connaissent tous ici, ce qui facilite le dialogue et donc, le respect. Mais nous restons dans un milieu urbain où nous vivons proches les uns des autres, l’énervement arrive plus vite qu’ailleurs. A la campagne par exemple, je peux mettre ma musique à fond sans gêner les voisins.

Vous vous êtes engagé à faire « avec les gens de l’Ile-Saint-Denis », mais certains habitants, notamment les jeunes, ne se sentent pas écoutés et disent être délaissés par la mairie…

M.B : Si c’est le cas, c’est qu’il doit y avoir une faiblesse de notre part… Auparavant, nous avions un espace jeunesse sur la ville dans lequel nous proposions des activités. Mais cet espace a du être fermé suite à certaines personnes sans emplois ou déscolarisés qui ont squatté le lieu et se sont mal comporté avec le personnel. Nous avons mis en place le Club Junior pour les jeunes de 12-16 ans qui rencontre un fort succès, et le RAJ pour les 16-25 ans, qui lui, certes, a plus de mal à démarrer. Nous soutenons toutes les initiatives de la jeunesse, car notre principe est que cela viennent d’eux d’abord, nous ne pouvons pas tout impulser. Nous devons par ailleurs faire des choix car nous sommes une commune pauvre.

A travers la notion de respect, il y a aussi la question de sécurité. Pourquoi n’y a t-il pas de commissariat ou de caméra de surveillance sur la ville ?

M.B : Ce n’est pas nous qui décidons de la présence d’un commissariat, mais le Ministère de l’intérieur. Nous en avons réclamé une il y a 10 ans mais cela n’a jamais pu se faire. Nous dépendons aujourd’hui du commissariat de la gare de Saint-Denis.  A l’Île-Saint-Denis, les meilleures caméras de surveillance sont les 7 000 paires d’ yeux de nos habitants.  La présence de caméras montre une attitude de répression avec la population alors que nous voulons être dans le dialogue. Je préfère parler avec quelqu’un plutôt que lui donner des coups de bâton.

Selon vous, jusqu’où  doivent-ils intervenir et quelle est la limite avec la délation ?

M.B : Lorsqu’une personne est en danger, intervenir est un devoir citoyen. La loi du silence c’est la loi de la mafia ! Certains appellent cela de la délation, moi, j’appelle ça du civisme ! La délation c’est accuser à tort quelqu’un. Ne rien dire devant une situations de danger, c’est y participer.

Vous êtes élu depuis 2001, pourtant vous ne lancez le mois du respect que maintenant, à moins d’un an des prochaines élections municipales. Que répondez vous à ceux qui penseraient à une stratégie politique ?

M.B : A celui qui me dit que nous aurions du faire ce mois du respect il y a longtemps, je lui répondrais : c’est vrai, mais nous n’en avions pas encore eu l’idée. Et pourquoi toi, tu nous as pas proposé de le faire avant ? Si nous écoutons ces arguments, alors toutes les initiatives de la ville pourrait être interprété comme ça. Moi ce qui m’intéresse, c’est l’effervescence que ça peut générer.